Un jour ferie pas comme les autres
Le 1er Mai est le seul des 11 jours feries francais a etre obligatoirement chome par la loi (article L3133-4 du Code du travail). Tous les autres jours feries — 1er janvier, lundi de Paques, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecote, 14 juillet, 15 aout, 1er novembre, 11 novembre et 25 decembre — sont feries mais pas obligatoirement chomes. L'employeur peut imposer de travailler ces jours-la (sauf convention collective plus favorable).
Cette singularite juridique fait du 1er Mai une cible recurrente pour ceux qui souhaitent reduire le nombre de jours chomes.
Historique des tentatives
2005 : la journee de solidarite
Apres la canicule de 2003, la loi du 30 juin 2004 instaure une "journee de solidarite" : un jour ferie travaille sans remuneration supplementaire, dont le produit finance la dependance. Le lundi de Pentecote est initialement choisi, mais le dispositif est assoupli en 2008. Certains parlementaires avaient propose d'inclure le 1er Mai.
2008 : rapport Bentoglio
Un rapport commandite par le gouvernement evoque la suppression de jours feries pour stimuler la croissance. Le 1er Mai est cite parmi les cibles possibles, suscitant une vive opposition syndicale.
2023-2025 : propositions parlementaires
Plusieurs propositions de loi ont ete deposees pour "banaliser" le 1er Mai, c'est-a-dire le transformer en jour ferie ordinaire (non obligatoirement chome). Les arguments avances : competitivite economique, liberte de l'employeur, harmonisation avec les autres jours feries.
Position des syndicats
L'ensemble des organisations syndicales representatives (CGT, CFDT, FO, UNSA, CFE-CGC, CFTC, Solidaires, FSU) s'opposent fermement a toute remise en cause du caractere obligatoirement chome du 1er Mai.
Pour les syndicats, le 1er Mai n'est pas un simple jour de repos supplementaire. C'est une journee de memoire et de revendication, inscrite dans l'histoire du mouvement ouvrier international depuis 1886. Le banaliser reviendrait a effacer 140 ans de luttes sociales.
L'UNSA rappelle que le 1er Mai est la seule journee ou les travailleurs sont collectivement proteges, sans avoir besoin de negocier ou de poser un jour de conge. C'est un acquis social fondamental.
Les arguments economiques en question
Les partisans de la suppression invoquent le cout economique des jours chomes. Selon l'INSEE, un jour ferie represente environ 0,1 point de PIB.
Toutefois, cet argument est conteste sur plusieurs plans :
- La France est un des pays les plus productifs par heure travaillee (source : OCDE)
- Les pays avec moins de jours feries ne sont pas necessairement plus competitifs
- L'impact reel depend du secteur d'activite et de nombreux facteurs
- Le repos contribue a la productivite et au bien-etre des salaries
L'enjeu symbolique
Au-dela de l'economie, la question du 1er Mai est profondement symbolique. Supprimer ou banaliser cette journee, c'est choisir de minimiser la valeur du travail et de la solidarite ouvriere dans notre societe.
Le 1er Mai est une date universelle, celebree sur tous les continents. La France, pays de la Declaration des droits de l'homme, peut difficilement se permettre de reculer sur ce symbole.
Ce que dit la loi actuellement
Le 1er Mai est jour ferie et chome.
Dans les etablissements et services qui, en raison de la nature de leur activite, ne peuvent interrompre le travail, les salaries occupes le 1er Mai ont droit, en plus du salaire correspondant au travail effectue, a une indemnite egale au montant de ce salaire.
Modifier ces articles necessite une loi votee par le Parlement. Toute tentative serait combattue par l'ensemble des organisations syndicales et susciterait probablement une forte mobilisation sociale.